Bien dans son corps et dans sa tête

Veiller au bien-être d'un animal consiste à préserver son intégrité physique et psychologique.

 

Le bien-être est très difficile à évaluer, à mesurer et les critères proposés par certaines sont souvent contestés par les autres.

Plusieurs méthodes ont été proposées à partir de critères de santé, d’alimentation, d’hébergement, de comportement au travail ou en main voire de conduite du troupeau mais jusqu'à présent, aucun ne fait encore l'unanimité..

Bien dans sa tête  

Nous allons commencer par passer en revue le bien être psychologique du cheval, donc nous concentrer sur certains comportements naturels et les effets induits de la domestication. Les troubles du comportement relèvent en effet souvent d'une inadéquation entre l'animal et son environnement et constituent des signes évidents de mal être.

 

Nous aborderons ensuite la question délicate du choix des indicateurs (objectifs et mesurables) du bien-être psychologiques afin de mieux identifier les causes et donc des pistes d'amélioration.

 
Comportements naturels 

Chaque espèce possède un panel de comportements qui lui est propre, connaître ce répertoire comportemental permet d'identifier les comportements 'normaux' et 'anormaux', de comprendre les besoins et de mieux y répondre.

Le comportement dépend de caractéristiques de l’individu (âge, statut physiologique, hiérarchique), de ses expériences et de son environnement (contexte social, hébergement : ressources disponibles, présence ou non des congénères, possibilité de fuite, etc...).

Les troubles comportementaux naissent souvent d’une inadéquation entre l’animal, ses besoins et son environnement. 

Comportements et besoins physiologiques

A l’état naturel, les chevaux consacrent plus de 12h par 24h à

s’alimenter pendant la journée et une partie de la nuit. Ils se

déplacent tandis qu’ils broutent, tête en bas. 


L’alimentation naturelle est constituée d’herbe, de bourgeons,

de jeunes pousses, de feuilles, de baies et de fruits, de fougères,

de branches d’arbres, d’écorces d’arbres... et le cheval est très

méticuleux dans ses choix alimentaires et les préférences varient

d'un individu à l'autre.. 

 

Il trie avec soin ses aliments en utilisant le bout de son nez (vibrisses) et en saisissant les végétaux entre ses incisives. Par ailleurs, un cheval ne sait pas autoréguler sa faim en fonction de ses besoins, il n’est capable d’adapter son régime qu’en fonction de ses besoins en sodium.

Le poulain commence à brouter à partir de la deuxième semaine. La coprophagie est fréquemment observée, elle permettrait l’ensemencement du gros intestin par les micro-organismes.

 

Un cheval boit normalement de 35 à 50 litres d’eau par jour, selon la température extérieure, son alimentation et son activité. A l’état naturel, les chevaux vont boire 2 à 3 fois par jour à un point d’eau. Ils n’urinent ni ne défèquent jamais à cet endroit. Comme pour l’accès à l’aliment, les animaux dominants s’abreuvent en premier, les dominés en dernier.

 

La fréquence de miction est variable (7 à 11 par jour) mais n’est jamais inférieure à 3. Elle est plus fréquemment observée durant la nuit et les périodes de repos et est réalisée à des endroits bien déterminés. La fréquence de défécation est variable selon l’alimentation, entre 5 et 12 fois par jour, là aussi à des endroits déterminés qui servent en général à plusieurs individus. Les zones de miction et de défécation constituent logiquement des zones de refus. L’émission d’urine et de fèces peut aussi être liée à l’activité sexuelle, notamment chez l’étalon.

Activité

Le cheval naît avec des facultés sensorielles très développées, ses organes des sens sont en constante activité. Dès sa première heure de vie, le poulain observe, flaire, tâte, lèche les objets qui l’entourent. Chez l’adulte, le comportement exploratoire est plus faible mais s’intensifie au moindre changement d'environnement : il débute en principe par l'écoute, puis l'observation, l’approche pour renifler puis éventuellement toucher ce qui l'intrigue.

 

A l’état sauvage, les chevaux parcourent de longues distances à la recherche de nourriture, d’eau ou d’abris. Les territoires qu’ils occupent sont généralement vastes et plusieurs bandes peuvent partager le même territoire. 

Vie collective

Les chevaux se retrouvent rarement seuls, ce sont des animaux grégaires. A l'état sauvage, les troupeaux s'organisent en harem ou en groupes d'étalons célibataire. 

 

Il existe une grande diversité de composition des groupes mais en moyenne le harem est constitué de 2 à 9 individus : un étalon, plusieurs juments et des mâles et femelles immatures (âgés de 0 à 2 ans). Le nombre de jeunes de moins de trois ans étant très variable. Des harems multi-mâles, comprenant jusqu’à 6 étalons existent mais sont relativement rares, ce sont souvent des jeunes issus de ce troupeau.

En général, l’étalon est en place pendant plusieurs années, un changement n’a lieu que lorsqu’il meurt ou s’il est battu par un autre mâle lors d’un conflit (rares dans cette espèce).

 

En générale, les nouveaux individus sont rejetés mais une ré-intégration reste possible : il peut s’agir d’une femelle en oestrus rejetée au départ par les autres juments du groupe mais protégée par l’étalon. L’intégration d’un mâle est très rare mais elle a pu être observée pour des mâles très soumis et persévérants !

Les jeunes mâles quittent le harem entre 1 et 4 ans et les femelles entre 1 et 3 ans. Les jeunes peuvent partir volontairement ou être chassés (surtout les mâles). De manière générale, ils ont tendance à s’associer ou à intégrer un groupe déjà établi. Il arrive que certains restent solitaires, surtout s’il s’agit de mâles mais leur comportement grégaire les pousse à se regrouper en bandes de 2 à 8 individus, souvent instables.

Hiérarchie et affinités

La notion de hiérarchie est très nette chez les chevaux. Le dominant est l’individu qui décide et a préférentiellement accès aux ressources. Les étalons et les juments n’assoient pas leur dominance sur le groupe de la même façon. Ce sont toujours les étalons qui se battent, les juments et leurs poulains ne participent jamais.

UEn principe, c’est l’étalon qui est dominant mais en dehors des périodes de reproduction, l’une d’elles peut prendre le statut de dominant. Le fait qu’une jument soit suitée lui confère aussi un rang social élevé. L’âge et l’ancienneté dans le harem sont aussi des facteurs importants. Par contre la coloration de la robe, le poids, la taille et la force physique ne sont pas des critères déterminants.

 

Les individus de moins de trois ans sont systématiquement dominés par les adultes, sauf les poulains qui n’ont pas de position sociale établie avant l’âge d’un an. Une fois l’ordre établi, il est stable, et le maintien des relations de dominance évite la répétition des conflits.

Un attachement de nature affective s’établit entre les membres du groupe (entre juments et vis à vis de l’étalon) ; ainsi lorsqu’un cheval manque, il est appelé par les autres. Des associations par affinité apparaissent aussi entre certaines juments, qui se lient deux à deux en général. Ces individus passent leur temps ensemble, partagent les ressources sans compétition, réalisent des activités similaires et s'appellent lorsqu'ils s’éloignent l'un de l'autre.

Cette affinité peut aussi se manifester par un grooming réciproque. Les deux chevaux se font face, tête-bêche. La tête de l’un se place au niveau du garrot de l’autre. Ils se grattent à l’aide des incisives, prenant parfois la peau entre leurs dents et tirant dessus (sans blesser leur compagnon). Ce grattage mutuel s’effectue généralement par ordre d’importance décroissante de la crinière au garrot, au dos, à la croupe, à la base de la queue, à la gorge et à l’épaule. Les chevaux peuvent aussi se placer tête-bêche, la queue de l’un chassant les insectes de la tête de l’autre et réciproquement. Les chevaux y consacrent un temps variable selon les saisons qui seraint moins fréquent en hiver mais plus fréquent au printemps (chute du poil d’hiver) et en été (présence d’insectes),

Ce comportement est important pour la cohésion du groupe et pour créer des affinités entre chevaux.

L’attachement apparaît dès la naissance, au travers du lien qui unit le poulain à sa mère et va en augmentant au fil du temps. Il diminue lorsque la mère pouline de nouveau, mais persiste tout de même jusqu’à l’âge de 3 ans voire tout au long de la vie pour certains. Les animaux de rang hiérarchique le plus élevé et le plus bas réalisent plus difficilement des associations préférentielles.

Communication

L’olfaction est utilisée pour l’identification des individus et en particulier pour la reconnaissance du foal par sa mère mais le cheval laisse aussi des traces olfactives de son passage, par exemple lorsqu’il se roule, défèque ou urine, ce qui autorise une communication à distance.

On a pu mettre en évidence l’existence de phéromones, détectées et analysées par l’organe voméro-nasal. Cet organe est utilisé lors du flehmen : le cheval se tient alors debout, étend l’encolure vers le haut, la tête dans son prolongement et il porte les oreilles latéralement, retournant la lèvre supérieure, ce qui expose les dents et les gencives. Cette position favoriserait l’ouverture de l’organe voméro-nasal, qui se trouve dans la cavité nasale. Les phéromones permettraient d’identifier le sexe, le statut sexuel, l’état émotionnel et seraient liées aux relations mère-foal, voire à la position hiérarchique.

Le hennissement est un moyen de communication à distance pour établir le contact, pour rechercher un individu etc... C’est un son bruyant, audible à grande distance, dont la fréquence varie de 1 à 3 KHz.

L’appel ou « grognements » est un son moins bruyant, plus doux et grave et assez court. Il est réalisé lors de l’approche d’un individu sans caractère agonistique, c’est un son de proximité. La mère l’utilise beaucoup pour communiquer avec sa progéniture.

Le couinement est un cri aigu d’une fréquence allant jusqu’à 5 KHz, il indique des intentions agressives ou des menaces.

Le gémissement est un signe d’angoisse ou de douleur.

Lorsqu’un cheval a peur, en présence d’individus ou d’objets nouveaux, ou lors de situations conflictuelles, il réalise le renâclement  (expulsion vigoureuse d’air par les naseaux) considéré comme un signe d'alarme.

Des sons non vocaux peuvent aussi être utilisés comme moyen de communication, citons le reniflement, l’ébrouement, les ronflements, les soufflements.

La communication corporelle est très importante chez le cheval et peut aussi fournir des indications sur son état physique et émotionnel. La position de la tête, du cou, des membres, de la queue, le port des oreilles, la disposition des naseaux et des paupières, le contour de la bouche sont autant de moyens d’expression corporelles.

 

Par exemple :

  • les oreilles : couchées en arrière signifient la menace et l’agressivité / dressées vers l’avant elles signifient l’intérêt / tombantes sur le côté, elles signifient le repos ou la soumission.

  • les naseaux : tirés vers l’arrière, lorsque des rides se dessinent dans leur prolongement, ils signifient le menace et l’agressivité.

  • l’encolure : haute signifie l’excitation ou l’alerte / basse signifie la soumission 

  • la queue : dressée signifie la confiance, la franchise ou l’excitation / plaquée contre la croupe, elle signifie le repos, la soumission ou la crainte / le fouaillement peut signifier l'agacement et peut précéder une ruade.

Une attitude particulière est observée chez les chevaux de moins de 3 ans est le snapping. Il correspondrait à une forme ritualisée du comportement de tétée. Ce comportement pourrait aussi être une attitude de soumission : l’encolure est portée vers l’avant, la queue est plaquée contre la croupe, un membre antérieur légèrement fléchi. Les yeux sont orientés vers le stimulus et les oreilles sont portées latéralement, la bouche est ouverte, montrant partiellement les dents, la commissure des lèvres est tirée vers l’arrière. Un mouvement de fermeture et d’ouverture de la bouche laisse entendre un bruit de succion.

Le grattage est fréquent: le cheval secoue la tête, fouaille de la queue ou contracte ses muscles peauciers afin de se débarrasser des parasites. Il peut se mordiller, se frotter contre des objets durs ou se rouler. Selon la souplesse de l’individu, plus importante s’il est jeune, ils peuvent utiliser un sabot des postérieurs pour se gratter différentes parties du corps. Le grattage réciproque ou grooming a aussi une signification sociale importante, il est observé le plus souvent entre individus associés par affinité (cf. ci-dessus)

Le jeu est particulièrement important car il permet aux jeunes de développer des interactions avec leurs congénères et l’apprentissage des relations sociales.

Dès les premiers jours de sa vie, le poulain consacre la moitié de son temps éveillé à jouer. Il commence par jouer seul ou avec sa mère puis, vers l'âge d'un mois, joue avec d'autres poulains. Les activités ludiques sont avant tout réalisées entre individus qui se connaissent bien et qui ont établi entre eux des associations préférentielles. 

En situation naturelle, les adultes entreprennent parfois des jeux mais sont rapidement stoppés par l’étalon qui ne les tolère pas.

 

Les jeux peuvent être classés en :

  • jeux en solitaire : séances de manipulations d’objets avec la bouche, le nez et les sabots.

  • jeux moteurs : les foals partent au trop ou au galop avec des mouvements exagérés, ils réalisent des roulades, des demi-tours brusques, des démarrages rapides, des courses, des poursuites, des bousculades, des sauts de moutons, des coups de pied dans le vide, des écarts brusques etc... Ces jeux sont particulièrement fréquents.

  • jeux sociaux pendant lesquels les interactions de dominance sont peu marquées. La plupart du temps ces jeux ressemblent à des simulacres de combat ou de chevauchement.

Reproduction et comportement maternel

Les mâles sont sexuellement mâtures vers l’âge de 15 mois et les juments vers 18 mois mais les premières saillies ont en général lieu plus tard. L’étalon chef de harem fait preuve d’un comportement agressif envers les mâles étrangers. Ainsi les conflits entre étalons sont-ils beaucoup plus importants en période d’oestrus. En liberté, l’agressivité accompagne fréquemment le comportement sexuel des mâles mais elle est dirigée contre les rivaux. 

Les juments poulinent le plus souvent le matin très tôt. Dès la naissance, la jument flaire les eaux fœtales, puis flaire et lèche vigoureusement son poulain. Ce comportement paraît nécessaire à la reconnaissance du poulain. La mère s’attache à sa progéniture dès les 40 premières minutes, elle l’aide à se lever et le guide vers la mamelle. La tétée a lieu 2 heures environ après la naissance ; le poulain se place tête bêche avec sa mère et donne des coups de tête dans sa mamelle pour stimuler la lactation. Les tétées sont très fréquentes dans les premières heures de vie : elles ont lieu environ 7 fois par heure, à 6 mois elles n’ont lieu plus que 1 fois par heure. 

La tétée a un effet calmant et anxiolytique sur la mère et le poulain mais il arrive que la jument s’accoutume difficilement aux tétées, peut-être en raison d'une sensibilité plus importante des mamelles. Il semblerait que ce type de douleur survienne quand le poulain a entre 13 et 16 semaines.

La mère protège son foal contre les autres individus du groupe. Elle s’interpose et parfois agresse les chevaux essayant de s’en approcher. Il a parfois été observé une participation d’un étalon ou d’une autre jument sans progéniture à la protection des poulains.

Le sevrage est un événement particulièrement stressant pour le poulain et la mère. Chez les chevaux en liberté, il se fait progressivement entre 9 mois et 1 an. Il est plus précoce chez les multipares et plus tardif, vers 15 mois ou plus, si la mère n’est pas gestante l’année suivant la mise bas.

Les premiers mois de la vie

Le poulain est attentif dès les quarante premières minutes de sa vie. Il est debout au bout d’une heure et il lui faut environ 45 minutes pour maîtriser son allure ; il est donc très rapidement apte à fuir, ce qui est indispensable à sa survie. 

 

Au bout de 2 heures, il reconnaît sa mère de façon visuelle et olfactive et s’il s’en trouve séparé, il l’appelle. Les premières semaines de sa vie, il passe plus de 90 % de son temps à moins de 5 mètres d’elle.

 

C’est avant tout le foal qui recherche cette proximité, car sa mère aurait plutôt tendance à s’en éloigner en dehors des périodes de sommeil. Cette proximité diminue au cours du temps.

La maturation des compétences nerveuses, motrices et sensorielles après la naissance sous l’influence directe des expériences post-natales (premières semaines) qui ont donc un impact majeur sur le comportement futur. Ces influences se manifestent sur des périodes privilégiées de durée limitée : on parle de 'périodes sensibles'. C'est au cours de ces périodes que s’établissent notamment les seuils de sensibilité (à partir desquels se déclenche une réaction émotionnelle). La mère joue aussi un rôle majeur dans le développement comportemental du jeune ; par les contacts et les interactions qu’elle initie, elle contribue à la stabilisation émotionnelle et au développement psychoaffectif des petits. La succession de phases d’empreinte ou d’imprégnation permettent aussi aux jeunes d’identifier des partenaires sociaux des espèces « amies ». En revanche, un poulain orphelin risque de s’identifier à l’homme et pourra développer une peur des autres chevaux et en grandissant, risque de développer des comportements inappropriés pour son espèce et vis à vis de l'homme. 

 

Il existe une certaine plasticité des comportements ; ils continuent à se développer ou à évoluer bien au delà de la période post natale mais de façon plus lente. Ainsi, des poulains privés de certaines expériences en raison d'un décès précoce de leur mère (avant l’âge de 1 an) risquent d'avoir un développement social lent.

Le poulain et les autres

Vers 1 mois le foal approche les autres individus ; il a un comportement de snapping envers les adultes, ce comportement pourrait être une attitude de soumission qui est accueillie par les adultes soit par de l’indifférence, soit par une agression.Les jeunes animaux recherchent avant tout le contact avec les individus du même âge ; ils s’amusent beaucoup entre eux et réalisent un grooming réciproque.

Ils ont d’ailleurs souvent un partenaire préféré avec lequel ils réalisent des séances de grooming particulièrement importantes vers l’âge de 3 mois.Il semblerait que les foals dont les mères sont liées par affinités auraient tendance à s’associer.

Ils ont aussi tendance à rechercher la proximité avec leurs frères et sœurs d’âges supérieurs ainsi que tous autres jeunes. Les jeux sociaux ne sont possibles que lorsqu’il y a d’autres jeunes. On observe des simulacres de combat ou de comportement sexuel mais sans blessure. Ces jeux permettent aux jeunes d’apprendre et de contrôler leur agressivité.Les femelles préfèrent les jeux moteurs alors que les mâles préfèrent les jeux sociaux. Les expériences sociales précoces permettent l’acquisition des règles sociales et la diminution des comportements agonistes.

Il arrive même que le yearling continue à téter ou à suivre sa mère malgré la naissance du foal. Cette persistance peut aboutir à une relation d’affinité si ce sont des femelles. Les immatures sont rejetés par les autres femelles du groupe et l’étalon est assez indifférent à leur présence. Maintenus un peu en marge du troupeau, ils finissent par le quitter de leur propre chef, les femelles étant parfois récupérées par un étalon étranger.

L’éthogramme, le catalogue de comportements d’une espèce.

 

Il est important de pouvoir dresser un inventaire des comportements d’une espèce avant de pouvoir analyser les comportements individuels. La description des comportements doit rendre compte de chaque détail de l’action. Cette description se base sur l’observation. Il existe deux types d’observations possibles en éthologie : l’observation naturaliste (en milieu naturel) et l’observation en milieu domestique (en milieu captif).

Un éthogramme peut aussi être construit sur la base de catégories comportementales (comportement sociaux, territoriaux, reproducteurs, parentaux, communicatifs, alimentaires, locomoteurs..) Un éthogramme ne peut pas être exhaustif, mais il peut cependant évoluer..

Source : IFCE

 
Domestication 

La domestication (il y a environ 7 000 ans pour le cheval) a entraîné un foisonnement de diversité qui n’a pas son équivalent dans les espèces sauvages. Progressivement, les éleveurs, puis les filières se sont accordées sur les orientations et la stratégie de sélection de l'espèce. En choisissant de privilégier des individus ayant certaines particularités et d’utiliser préférentiellement certains reproducteurs, l’homme a donc orienté l’évolution des races pour ses propres usages : travail, production de viande, loisir.  

 

Le comportement est influencé par des facteurs génétiques et environnementaux. Il dépend donc des caractéristiques de l’individu (âge, statut physiologique, hiérarchique), de ses expériences et des circonstances (contexte social et environnemental : ressources disponibles, présence ou non des congénères, possibilité de fuite, etc...). La vie en captivité et les interactions avec l’humain, bien qu'assurant une protection et des soins aux individus, ont néanmoins perturbé l’organisation sociale naturelle des chevaux. Certains environnements, trop différents des besoins et du milieu de vie auquel les chevaux sont adaptés, peuvent ainsi engendrer ainsi des troubles de comportements tels que de l’hyperagressivité, de l’hypervigilance, allant jusqu’à des réactions phobiques, la réalisation de stéréotypies ou des activités de substitution.

Or, ils sont utilisés par l’homme depuis des milliers d’années mais cette domestication reste un facteur de stress, du fait souvent d’une méconnaissance de la nature profonde du cheval.

 

Sur la base de certains principes simples, parfois de bon sens, les relations entre humains et chevaux peuvent pourtant être source de grandes satisfactions partagées.

Est-il plus simple de demander à un cheval d’apprendre à se comporter comme un humain d’apprendre à se comporter comme un cheval ?

Le pré est le milieu de vie qui autorise le plus de déplacements. Des déplacements stéréotypés tels que des allers et venues le long des clôtures peuvent néanmoins être observés chez des chevaux souvent agités ou stressés par manque de contact sociaux, par peur ou autre.

En revanche, le box est un espace clos qui ne convient pas au besoin d’activité du cheval. De nombreux mouvements stéréotypés prendraient leur origine dans des tentatives de sortir du box ; comme le fait de donner des coups dans la porte, de marteler le sol de ses pas, de tourner en rond, ainsi que le tic de l’ours ou mordre les barreaux ou la porte.

L’exercice est particulièrement important pour les chevaux vivant en box ou en stalle car ces animaux ont besoin de se déplacer et de se « dépenser ».L’exercice régulier améliore donc le bien-être des chevaux vivant dans un espace restreint.

Selon certain auteurs, le «wood-chewing» peut se mettre en place chez des chevaux qui s’ennuient et l’exercice peut diminuer la fréquence de ce comportement.

Par ailleurs, les chevaux logés en box ayant peu d’activité physique peuvent présenter des troubles du sommeil. Or le sommeil est vital et le fait de faire de l’exercice augmente le temps passé à dormir (sur 24 heures).

 
Mal Etre psychologique 

Les comportements anormaux marquent un mal être psychologique qui trouve souvent son origine dans une inadéquation entre l’animal et son environnement (son milieu de vie, ses interactions avec les autres espèces). Ils doivent être interprétés comme un message d’alerte lors de détérioration aiguë de l’état psychologique ou physique de l’animal.

 

Analyser finement les comportements permet d’évaluer le bien-être du cheval et de l’améliorer par une approche de ses besoins fondamentaux

Stress et anxiété

 Le stress  naît de l’impossibilité pour l’animal d’obtenir ce qui est convoité, de réaliser certains comportements ou d’échapper à une agression parce que le milieu ne le permet pas. Il s’accompagne souvent d’une augmentation de l’éveil.

L’anxiété peut se définir comme un état réactionnel caractérisé par l’augmentation de la probabilité de déclenchement des réactions émotionnelles en réponse à toute variation du milieu. Il en résulte une désorganisation des autocontrôles, et donc une perte d’adaptabilité aux variations de l’environnement.

Le syndrome général d’adaptation, caractérisé par l’activation de l’axe corticotrope, se déroule en trois phases : la réaction d’alarme (système nerveux sympathique), suivie de la phase de résistance, au cours de laquelle l’organisme retrouve un nouvel état d’équilibre malgré la persistance de l’agent stressant, puis la phase d’épuisement qui précède la mort lorsque toute l’énergie d’adaptation de l’organisme a été épuisée.

Il existe donc de nombreux facteurs de stress : les manipulations, le transport, l’effort musculaire, l’exposition à un nouvel environnement, à des bruits inhabituels, les températures extrêmes sans oublier l’importance des facteurs sociaux.

Ces effets diminuent avec l’habituation des animaux.

Les chevaux sont des "proies", il est normal que tout événement nouveau et inconnu leur apparaisse potentiellement dangereux et qu’ils cherchent à l’éviter ou à s’en protéger. La peur est utile au chevaux, elle conduit naturellement à un comportement défensif ou de fuite. Or, ces comportements ne sont pas toujours réalisables en captivité. La peur peut par exemple affecter des comportements essentiels comme le comportement maternel et est considérée comme une cause possible de rejets des petits par leur mère.

Lorsque certaines juments ne voient plus entièrement leur petit qui s’apprête à téter (si une partie du corps du poulain se trouve dans l’angle mort de vision de sa mère), elles se retournent pour le voir à chaque tentative de tétée.

Face au stress de la séparation, la réprimande des hennissements n’est certainement pas une solution. Le mieux consiste à faire travailler le cheval hors de la vue et de la portée des hennissements des autres et de lui permettre de retrouver ses compagnons dès que le calme est revenu.

Dans tous les cas, les chevaux qui sont très liés peuvent tolérer d’être séparés s’ils ont « appris » à se séparer et se retrouver. Il faut régulièrement leur faire expérimenter la séparation puis les retrouvailles afin que la séparation ne soit plus un événement traumatique.

Dans les cas pour lesquels la séparation ne serait pas du tout supportée, il peut s’avérer nécessaire de séparer complètement deux chevaux. Cela peut résulter en une agitation substantielle pendant plusieurs jours, puis les individus finissent par se calmer. Dans une telle situation, le bien-être n’est certainement pas optimal et si ces chevaux se lient à de nouveaux compagnons, ils risquent de tolérer encore moins les séparations suivantes.

Agressivité

Les chevaux peuvent diriger leur agressivité envers les hommes, dans ce cas on peut supposer que le bien-être de ces individus n’est pas bon, mais surtout ils dangereux.

En captivité, l’agressivité d’un étalon ne peut pas s’exprimer contre des rivaux et risque aussi d’être redirigée vers les humains ou d’autres chevaux, y compris les juments. 

Des cas de hongres devenus agressifs sont parfois rapportés. Ce comportement agressif serait un comportement d’origine sexuelle. Certaines études indiquent que 30 % des hongres présenteraient un comportement d’étalon, donc restent protecteurs avec les juments, agressifs envers les autres mâles et parfois les humains... Ce comportement peut avoir perduré malgré la castration ou réapparaître vers l’âge de 16 ans, par exemple pour des raisons de dérèglements hormonaux (notamment pahologiques). Il peut aussi être liée à des changements de gestion du troupeau, par exemple le départ d'un cheval dominant.

  • le tic à l’appui : le cheval ouvre la bouche, appuie les incisives supérieures sur une surface, fléchit la tête sur l’encolure tout en continuant à prendre appui sur cette surface, effectue une contraction spasmodique des muscles de la région trachéenne, ce qui lui permet « d’avaler » de l’air en émettant un bruit de rot. Ce tic peut être effectué sans bruit.

  • le tic à l’air : le cheval effectue le même mouvement que lors du tic à l’appui, mais sans prendre appui sur une surface, un bruit de rot identique peut être audible. Toutefois la forme silencieuse existe. 

  • l’encensement : le cheval secoue la tête de bas en haut.

  • le tic à l’ours : le cheval se balance en portant le poids d’un antérieur sur l’autre, ou peut se contenter de balancer l’encolure d’un côté à l’autre.

  • le tic de se frapper la lèvre inférieure avec la lèvre supérieure

  • mordre les barreaux ou la mangeoire : le cheval mord les barreaux ou la mangeoire avec les dents.

  • la serpentine : tirer la langue de manière répétée (le cheval sort la langue sur le côté de la bouche et la fait passer d’un côté à l’autre, en donnant l’impression de se lécher les lèvres)

 

D ‘autres types de comportements stéréotypés existent :

  • lécher la mangeoire, les barreaux, les murs.

  • mâchonner les objets ou le bois, y compris au pré

  • donner des coups d’antérieurs dans les portes

  • se déplacer de long en large, le long de la clôture ou dans le box

  • gratter la litière avec le pied

  • donner des coups de queue, fouaillement.

  • se gratter de façon compulsive.

  • masturbation chez les étalons.

  • l’automutilation

  • coprophagie

Stéréotypies (tics)

Ces actes répétitifs sont incontrôlables, sans déclenchement précis et l’animal semble incapable de stopper leur exécution. Il semblerait qu’environ 15% des chevaux domestiques présentent des stéréotypies. Si ce pourcentage varie selon les Pays, races ou élevages, il reste toujours plus élevé chez les chevaux maintenus en captivité (élevages intensifs, animaux en cage etc...) donc chez les chevaux vivant en box.

Les stéréotypies peuvent la manifestation d’un ennui ou d’une impossibilité d’exprimer un comportement (exploration, interactions sociales et autres). On peut même considérer que les stéréotypies ont une fonction de "soulagement" ou de compensation d’un mal être.

 

Le tic à l’ours ou le tic à l’appui pourraient traduire une incapacité pour un individu à rejoindre un congénère. Mordre les barreaux peut aussi traduire un acte agressif à l’égard des barreaux.

 

Le pré est l’environnement de vie qui favorise le plus les interactions entre individus et l'expression de comportements naturels mais des déplacements stéréotypés (allers et venues le long des clôtures par exemple) peuvent quan même être observés chez des chevaux agités ou stressés par manque de contact sociaux, par peur ou autre.

 

Le fait de vivre en groupe est essentiel pour le bien-être des chevaux. Un cheval isolé est forcément en souffrance. Il est donc essentiel de lui fournir un compagnon , et si ce ne peut- être un individu de son espèce, il peut créer des liens envers d’autres animaux tels que un chien, un chat, une chèvre! 

Certaines méthodes sont utilisées pour bloquer les tics ; colliers anti-tics, chocs électriques, interventions chirurgicales telles que des neurectomie ou myectomie mais bien entendu, elles ne traitent pas la cause mais le symptome et ont plutôt tendance à renforcer encore le stress. L'utilisation de traitements médicamenteux, selon les molécules choisies, restent d'une plus ou moins efficace.

Les stéréotypies, bien que semblant n’avoir aucun but, sont très facilement « contagieuses ».

De nombreux mouvements stéréotypés prendraient leur origine dans des tentatives de sortir du box ; comme le fait de donner des coups dans la porte, de marteler le sol de ses pas, de tourner en rond, ainsi que le tic de l’ours ou mordre les barreaux ou la porte.

Selon certain auteurs, le «wood-chewing» peut se mettre en place chez des chevaux qui s’ennuient.

Les foals sevrés précocement pourraient présenter des comportements anormaux comme des mouvements de langue et des mouvements de succion stéréotypés.

Le tic à l’air et à l’appui ont longtemps été rendus responsables de coliques. Or ces coliques seraient plutôt la conséquence d’un stress. Par contre, ces stéréotypies provoquent une dilatation de l’œsophage (en partie proximale), qui entrent dans la régulation du comportement alimentaire : lorsque le ‘bol alimentaire’ est réduit (alimentation trop faible en fourrages), la réalisation des stéréotypies permet donc paradoxalement de diminuer la motivation à manger et limite la frustration.

Le saviez vous? 

 

Le tic à l’air et à l’appui ont longtemps été rendus responsables de coliques. Or ces coliques seraient plutôt la conséquence d’un stress.

 

Ces stéréotypies provoquent une dilatation de l’œsophage (en partie proximale), qui entrent dans la régulation du comportement alimentaire. Lorsque le ‘bol alimentaire’ est limité en quantité (alimentation trop faible en fourrages notamment), la réalisation des stéréotypies permet au cheval de soulager sa motivation à manger et limite sa frustration.

Dépression

On observe des animaux de moins en moins actifs, avec, le plus souvent, une atteinte du comportement alimentaire et exploratoire. Ils présentent une nette perte d’initiative. Puis, ils ne bougent plus, sauf dans des périodes calmes, et uniquement pour se nourrir.

Ils deviennent malpropres. On observe progressivement une atteinte du sommeil avec passage à l’état dépressif.Cette inactivité s’accompagne d’une perte de contrôle des réactions émotionnelles face à une stimulation forte ou inhabituelle.

L’inhibition peut devenir pathologique sans être complète, souvent en début d’évolution, l’animal peut esquisser les gestes sans les mener à terme. De longues périodes inactives (un animal apathique) sont des indicateurs du fait que l’animal a des difficultés à faire face à son environnement.

Des cas de dépression sont aussi rapportés lorsque des individus se retrouvent séparés et isolés d’un compagnon. Les individus deviennent progressivement indifférents, ne s’alimentent plus correctement ; des états graves de dépression peuvent même conduire à la mort si l’on n’intervient pas.

Enfin, un cheval isolé peut aller jusqu’à s’automutiler, preuve manifeste de la détresse que peut provoque l’isolement chez certains chevaux.