Bien au travail

'Bien au travail' sonne comme un paradoxe, et pourtant.. Je pense qu'un cheval écouté dans ses contraintes et ses motivations, respecté dans ce qu'il est, physiquement et mentalement, accepte volontiers de coopérer, voire travaille avec plaisir. 

Finalement, l'art d'amener un cheval à coopérer consiste à bâtir avec lui une relation de confiance puis à rendre agréable ce qui est correctement accompli et désagréable ce qui ne l’est pas, ce qui nécessite parfois de faire preuve d'ingéniosité !

 

La confiance  

Contrairement à l’humain qui est un prédateur, le cheval est une proie donc par nature, pacifique. Pour preuve ; si un animal aussi puissant qu’un cheval adoptait un comportement de prédateur, qu’adviendrait-il du cavalier.. ?

La peur est profondément ancrée dans le registre comportemental du cheval, question de survie ! Donc, c’est avant tout la peur qui distingue l’humain du cheval. Et elle est incontournable dans la relation homme cheval. Pour établir une relation de confiance, le cavalier doit la respecter puis guider et aider son cheval à la dépasser et à la gérer.

Plutôt que de demander au cheval d'apprendre et de s'adapter au répertoire comportemental de l'humain, n'est-il pas plus logique de faire l'inverse? Ne prenons pas le risque de transformer les chevaux en carnivores (!), il est bien plus simple et prudent de tenter de rentrer dans leur registre comportemental. Cela nécessite une infinité de petites habitudes à prendre, comme par exemple : appeler et signifier notre présence en arrivant, ne pas filer droit à leur contact, les laisser faire les derniers pas, les aborder plutôt sur le côté que de face, le laisser nous sentir voire leur souffler doucement dans les naseaux, les habituer doucement à être séparés de leurs congénères, leur faire découvrir et sentir les objets nouveaux, etc..

 

Par ailleurs, contrairement à l’humain, le cheval ne vit que l’instant, il est dans le présent plongé dans son univers de sensorialité : il voit, il entend, il sent, il ressent à chaque instant.. Il n’a pas l’esprit encombré par des pensées brouillées sur ce qui s'est passé il y a une heure, ce qu'il se passera demain, comment faire ceci ou cela, etc. Là aussi, il appartient au cavalier de laisser à l’entrée de l’écurie ses préoccupations du jour pour focaliser uniquement son attention sur sa relation avec son cheval.

Les chevaux aiment se gratter mutuellement et ce rituel amical a un effet massant et apaisant.. En médecine chinoise, on dit que les chevaux pratiquent un shiatsu réciproque en suivant certains méridiens !

Ce « grooming » est universel chez les équidés et pratiqué entre chevaux ayant des affinités entre eux alors pourquoi ne pas profiter de cette formidable opportunité pour créer une relation privilégiée ?

En une ou deux séances, vous parviendrez sans difficulté à trouver les endroits qu’il apprécie particulièrement. Il exprimera sa satisfaction par l'allongement de son encolure et pincera sa lèvre supérieure vers l’avant. Par contre, il est plus raisonnable de ne pas le laisser vous offrir le même service en retour, mieux vaut repousser gentiment ses avances.. 

Par contre, les caresses et surtout les tapes sur l’encolure, bien qu’étant très répandues, n’ont pas de réelle signification pour le cheval. A priori, elles n'ont pas de raison d'être appréciées. Les chevaux s’y habituent puis finissent par comprendre qu’il s’agit de signes amicaux et de récompense mais c'est loin d'être inné.

 

Les chevaux apprendront aussi à apprécier que vous les débarrassiez de la crasse ou de leurs parasites et autres insectes. L’un de mes chevaux avait par exemple pris l’habitude de lever un postérieur pendant le pansage pour que je le débarrasse de mouches plates!

Apporter des friandises à son cheval l’amènera forcément à vous accueillir avec enthousiasme. Par contre, être à ses yeux un distributeur de bonbons n’a pas forcément une signification amicale, au contraire.. Les friandises risquent bien souvent de détourner puis de dégrader progressivement votre relation car vous l'incitez à s'intéresser non pas à ce que vous êtes mais à ce que vous lui apportez. 

Les friandises, en revanche, peuvent être d'une aide précieuse et une source de motivation pendant les apprentissages. Mais elles sont à utiliser à bon escient : question de tempo ! Il faut être rapide et juste pour être compris et pour que la récompense soit effectivement associée à la réponse correcte. Attention aussi aux frustrations et incompréhensions quand vous n'avez plus de friandise en poche..

En dehors des très répandues caresses et friandises, il existe beaucoup d'autres sources de satisfaction à partager. Les chevaux ont envie, eux aussi, d'être nos 'amis', d'être appréciés et d'apprécier notre compagnie. Il nous suffit de les observer, d'apprendre à cerner leur 'horsenality' pour comprendre ce qui leur ferait plaisir : aller brouter sous les arbres? la fraicheur d'une douche ? un petit massage ou des étirements? une séance de jeu ? ou tout simplement une bonne sieste en votre compagnie? 

Le niveau du cavalier a aussi son importance dans la relation. Un déséquilibre entre l'expérience du cheval et celle du cavalier peut être source d'incompréhensions et de stress : si les demandes du cavalier ne sont pas claires, ou irrégulières, le cheval perçoit des informations contradictoires, il ne comprend pas et risque alors de ne plus réagir à bon escient. Certains cavaliers inexpérimentés vont pallier leur incompétence par l’utilisation de harnachements contraignants tels que des martingales, des muserolles surbaissées ou des mors de plus en plus sévères... Ce qui renforce encore le mal être des animaux.

Certains chevaux risquent alors de se braquer ou de réagir de façon violente. Ce qui va renforcer encore les incompréhensions.. Un cercle vicieux risque de s'installer.. 

D'autres chevaux vont tenter d’exprimer leur frustration ou leur peur, parfois par des signes discrets. Des troubles du comportement tels qu'ouvrir la bouche, tirer la langue, bouger la mâchoire, chercher à s’enfuir, refuser la selle ou le montoir, voire somnoler sont des expressions d'un mal être. Si ces tentatives, puis les suivantes, ne sont pas prises en compte ou niées, le cheval sera contraint supporter l’inconfort, la peur ou la douleur en silence. Il finira immanquablement par se résigner puis s’éteindre, dans l’indifférence.. 

Les cavaliers débutants doivent monter des chevaux expérimentés, calmes et connaissant parfaitement les aides simples (avancer, tourner, s'arrêter). Et j'ajouterais que la première chose à apprendre pour un cavalier débutant, c'est d'être parfaitement clair dans ses demandes, donc de penser à chaque instant à bien dissocier ses aides : mains, jambes, assiette, etc. 

La dégradation des relations 

Certain(e)s cavalier(e)s attendent de leur cheval qu’il se comporte en guide et qu’il les « prenne par la main ».. Le plus souvent ces personnes supposent qu’en échange de douceur, de caresses et de friandises, leur cheval répondra à leur demande pour le simple plaisir de faire plaisir. Mais ce n'est pas une déduction que peut faire le cheval. Au contraire, dans une telle situation, la relation a toutes les chances de se dégrader car elle est biaisée.

 

D’une part, le cheval ne comprend pas : même si les caresses et friandises lui sont agréables, dans son répertoire comportemental, elles ne signifient en aucun cas une demande d’obéissance ! Et cette attitude a toutes les chances d’être interprétée comme un signe soumission de votre part, certainement pas comme un leadership. Or, c’est ce leadership qui est indispensable à la confiance et à la sécurité.

Enfin, les relations inappropriées existent, tous les cavaliers ou propriétaires de chevaux en ont un jour fait l'expérience ! Certains cavaliers ont tendance à perdre leur sang froid, leur patience dans une situation de stress ou dangereuse. Or, le cheval vous observe, vous êtes le leader et il a besoin de ce leadership, de votre stabilité émotionnelle pour être rassuré.

 

D'autres cavaliers ne s'intéressent qu'à l'équitation : ils ont du cheval une vision strictement utilitaire. Ils ne s'intéressent pas à l'animal, à son fonctionnement, à ses besoins. Certains considèrent que c'est avec la violence que l'on favorise la 'soumission'. Parfois même, dans certains centres équestres, cette violence est la norme..


La violence donne parfois l’illusion d’une efficacité car le cheval va réagir ! Et parfois de façon appropriée.. Or, le cavalier satisfait du résultat immédiat court un autre risque : la peur, l’incompréhension et parfois la douleur que le cheval a subi vont progressivement entamer la sa confiance au risque de l’anéantir totalement et de rendre le cheval encore plus rétif et définitivement dangereux..

Le cheval est un animal craintif et dans l’immense majorité des cas (après avoir exclu toute cause de stress et de douleur), il veut bien faire ! Donc ne cédez pas à vos pulsions, analysez et adaptez la situation : décomposez les apprentissages, changez d’exercice, passez devant, profitez d’un arrêt pour mettre pied à terre et laisser votre cheval brouter, etc.. Et surtout, dites vous qu’un blocage de votre cheval est l’expression d’une peur ou d’une incompréhension, c’est donc une superbe occasion de mettre votre cheval en confiance et d’affirmer votre leadership !

L'éthologie

L'éthologie est une discipline scientifique, dont l'objet est l'étude du comportement animal tel qu’il peut être observé chez l’animal sauvage en milieu naturel, chez l’animal sauvage en captivité, chez l’animal domestique en milieu naturel et chez l’animal domestique en captivité.

Le sens restreint et moderne donné au mot éthologie fait référence à une science plus récente : l’étude objective et scientifique des comportements animaux. Source : IFCE

Le développement de l’étude biologique du comportement, au cours du XXème siècle et plus particulièrement de l’éthologie du cheval, depuis seulement les années 1960, a clairement mis en évidence à quel point il restait à apprendre sur la véritable « nature » du cheval.

L'éthologie du cheval, domaine encore méconnu en France, il y a une vingtaine d'années, est aujourd'hui paradoxalement utilisé de plus en plus abusivement dans les milieux de l'équitation dite éthologique. 

L’éthologie équine doit être dissociée de l’équitation dite éthologique. En effet, le rôle et les domaines de compétences de l’éthologue scientifique et ceux du professionnel de l’équitation appelé «éthologue» sont très différents. Le premier approfondit les connaissances sur le comportement du cheval par des approches scientifiques et le deuxième développe une pratique de l'équitation prenant en compte la nature du cheval. 

Extrait d'un DVD sur l'équitation éthologique proposé par le Haras de la Cense
 

Les apprentissages  

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Certaines techniques d'apprentissage sont utilisées pour limiter la peur des chevaux et éviter des réactions dangereuses pour eux-mêmes et pour l’homme. Eviter les incompréhensions favorise le bien-être des chevaux.

L’habituation est destinée à désensibiliser le chevaux à des stimuli auxquels ils vont être confrontés pour limiter au maximum le risque de réaction de leur part. L'habituation est par exemple utilisée chez les poulains à certaines périodes sensibles ; le poulain est exposé à des stimuli lui permettant d’élaborer son "homéostasie" sensorielle, donc ses valeurs de référence pour les stimuli tactiles, auditifs, visuels, olfactifs, gustatifs... L’habituation réalisée sur des poulains de moins de 2 mois permet, selon certains auteurs, de fixer des valeurs de références seuils pour les stimuli aversifs. L’habituation chez des individus adultes est beaucoup plus délicate, il arrive que certains individus, au lieu de s’habituer, deviennent de plus en plus sensible au stimulus auquel on souhaite les habituer.

La désensibilisation consiste à réduire la sensibilité à des stimuli aversifs. Cette méthode est plus adaptée aux chevaux adultes. La désensibilisation consiste à exposer le cheval au stimlus en question, de façon prgressive pour qu'il ne déclenche plus de réaction de peur de sa part. Cela peut demander du temps.

Le conditionnement consiste à donner une récompense lorsque le cheval répond correctement à une demande. Ainsi, il associe progressivement l’acte à la récompense, c'est le processus de conditionnement. Le contre-conditionnement consiste à apprendre au cheval à ne plus réaliser certains actes par la correction.  Mais c'est très délicat, car il faut impérativement que le cheval associe l'erreur et la correction. C'est une question de timing et de précision. Ainsi, si un poulain ayant tendance à mordiller les vêtements reçoit une tape sur le nez dès qu’il commence à mordre, et cela spontanément et systématiquement, il cessera. Par contre, punir un cheval qui a chercher à s'échapper en le corrigeant après l'avoir rattrapé n'a aucun sens pour lui! Au contraire, il apprendra à vous craindre et risque de devenir dangereux. 

Toutes les équitations qui fonctionnent ont un point commun : elles rendent agréable ce qui est correctement accompli et désagréable ce qui ne l’est pas. Etre désagréable ne signifie pas frapper le cheval ! Il suffit d’être inventif : amener un cheval « jusqu’au bout de son idée » (par exemple, faire faire patiemment et dans le calme plusieurs cercles autour de soi à un cheval qui bougerait au montoir jusqu’à ce qu’il trouve le confort, donc l’arrêt, au montoir).

 

Equitation  

L’équitation, a priori, n’a rien d’une partie de plaisir pour le cheval. Il doit porter le cavalier, supporter le matériel, il perd sa liberté de choix et de mouvement, ne sait pas combien de temps et parfois pourquoi on lui demande un travail ou on le punit..

Le travail ou le matériel peuvent engendrer du stress, de l’isolement, des douleurs et un cavalier, souvent par ignorance, peut se transformer en véritable bourreau.

S'assurer du bien-être d'un cheval qui travaille nécessite donc de la confiance mais aussi du respect. 

Débourrage

 

La pression de la sangle, le contact du mors, le poids du cavalier et les codes de l’équitation sont difficiles à accepter pour le poulain. Là aussi, il faut faire preuve d’ingéniosité pour, dans la mesure du possible, progresser graduellement et transformer ces désagréments en sources de satisfaction..

 

On peut citer 3 différentes méthodes de débourrage :

  1. la méthode traditionnelle européenne : méthode graduelle d’acceptation du harnachement et du cavalier. Cette méthode est basée sur la mise en place d’une certaine confiance du cheval envers son cavalier qui doit faire preuve de patience et de tact. Peu de problèmes de comportement sont rencontrés avec cette technique.

  2. Les méthodes dites éthologiques. Ces méthodes sont basées sur la création de « ponts » entre le cheval et le dresseur grâce à une communication corporelle ayant un impact sur la relation dominant – dominé entre le cheval et le dresseur, en liberté (rond de longe) ou pas. Les succès sont importants mais dépendantes du degré de maîtrise du dresseur. Dans ces méthodes, c’est l’état psychologique du cheval qui est analysé : sa décontraction, sa soumission, la proximité avec le dresseur, la connexion, etc.

  3. La méthode basée sur la force : cette méthode est utilisée depuis des générations. Les chevaux sont sellés de force et montés, ils sont amenés à se soumettre par la violence. Le stress peut être considérable car les chevaux sont bloqués, souvent battus et les harnachements peuvent être très sévères. Dans certains cas les chevaux sont privés d’eau et d’alimentation afin d’être affaiblis. Les animaux qui résistent ou qui ne comprennent pas ce qu’on leur demande malgré la peur et les punitions, et qui ne parviennent pas à se soumettre, seront « éliminés », seule les individus très obéissants et tolérants peuvent être débourrés.

Apprentissages, équitation et bien-être

L’équitation peut devenir une source de désagréments pour le cheval. Des chevaux peuvent avoir une bouche sensible, donc des difficultés à supporter le mors. L’encapuchonnement, l’encolure nez au vent, le « head shacking » en sont des manifestations. Le poids du cavalier peut aussi être source d’inconfort ou de douleur que le cheval exprime par des réactions au montoir, le dos rond, des fouaillements de queue.

Lorsqu’un cheval semble mettre de la mauvaise volonté dans ses réponses aux demandes du dresseur, lorsqu’il présente des problèmes de comportement, il faut toujours exclure des raisons physiques telles que la douleur et la maladie. Tout trouble de comportement au moment du débourrage et du dressage peut avoir une origine physique. En effet,le cheval est mis en situation de travail, il doit exécuter un mouvement physique avec bien souvent un cavalier et une selle sur le dos, un filet sur la tête et un mors dans la bouche. Autant de cause possible d'inconfort ou de douleur. 

 

La discipline semble avoir une importance sur le bien être des chevaux puisque certains troubles du comportement se rencontrent plus fréquemment dans certaines disciplines. Il est difficile de distinguer si c’est le travail qui influence directement le comportement des chevaux ou la race et la sélection exercée pour une discipline donc une aptitude particulière. Toutefois une discipline a des spécificités (intensité, conditionnement, matériel, proximité des congénères ou pas, diversité de l’environnement, musculature, etc.) qui ont forcément une influence (plus ou moins négatif selon le cheval) sur le comportement. Les chevaux ont des besoins variables selon la discipline qui leur demande une attention ou une réactivité variable.

Les chevaux de dressage et de CSO apparaissent plus sujets aux stéréotypies que les chevaux de concours complet. Les chevaux de voltige le sont exceptionnellement. Les chevaux de voltige seraient par contre nettement moins réactifs, et présenteraient rarement des stéréotypies. Outre les exercices spécifiques aux disciplines, ces états variables peuvent aussi être la conséquence des conditions de vie associées à certaines disciplines. 

Le rythme et l’intensité du travail demandé au cheval ont bien évidement un impact sur son équilibre et son bien-être. L’exercice trop intensif peut engendrer de la fatigue. Dans ce cas, le cheval cherche à se soustraire au travail, somnole ou est réticent à quitter l’aire de repos. Dans ce cas, il est nécessaire de diminuer l’intensité du travail car un épuisement trop important a des répercutions sur la santé.

Inversement, des chevaux ne travaillant pas suffisamment et vivant dans un espace restreint ne pourront pas se dépenser suffisamment, leur bien-être s’en trouvera aussi altéré et peuvent conduire à des excès d'énergie délicats à gérer à le sortie du boxe.