Les aplombs, petits défauts mais graves conséquences!

25 Nov 2016

| D'après

Il y a une relation directe entre l'orientation des membres et l’équilibre du cheval, aussi bien à l’arrêt qu’en déplacement. La posture influence les tensions exercées sur les ligaments, tendons, muscles, sur les articulations et les sabots donc a un impact sur les allures et la longévité sportive du cheval !

 

La conformation idéale est définie non pas dans un souci d'esthétisme mais en réponse aux lois de la biomécanique. Pour que le cheval soit équilibré, il faut que le poids de son corps se répartisse le plus uniformément possible sur les structures anatomiques de ses membres.

C’est le cas lorsque les canons sont perpendiculaires au sol et que les paturons sont bien dans l’alignement de la ligne dorsale du sabot (cf. ci-contre).

La conformation des membres du poulain donne quelques indications sur la conformation de l’adulte mais elle va encore se modifier durant la croissance et pendant toute la vie de l'animal.

A chaque stade physiologique, des affections orthopédiques sont susceptibles d'apparaître. Il existe globalement trois types de déviations : les déviations angulaires dans le plan frontal (vue de face), les déviations rotatoires (vue ‘de dessus’) et les déviations sagittales (vue de côté).

Les déviations angulaires sont les plus fréquentes chez le poulain. Le carpe est le plus fréquemment atteint et le valgus (serré vers l’interne, ‘genoux de bœuf’) est beaucoup plus fréquent que le varus (ouverts vers l’externe, genoux cambrés). L’affection du jarret est aussi souvent de type valgus. Par contre, les boulets sont les moins souvent touchés et les déviations sont presque toutes de type varus.

Les déviations angulaires de naissance peuvent avoir plusieurs origines ; les plus fréquentes sont provoquées par une laxité excessive des tissus mous (ligaments, tendons) dont les origines sont là aussi, multiples.

Certaines déviations angulaires de naissance peuvent être corrigées. Si ce n’est pas le cas, le poulain va ‘compenser’ au cours de sa croissance donc modifier sa posture pour se rééquilibrer, par des déviations angulaires ou rotatoires.

A cela s’ajoutent des facteurs aggravants comme des troubles hormonaux ou des pathologies osseuses mais aussi et surtout des facteurs environnementaux. Les conditions d’élevage ou un entraînement trop précoce (notamment sur sols durs) peuvent avoir des conséquences sur les aplombs de l'adulte. L’alimentation (déséquilibres, carences, excès) a aussi une importance considérable sur la croissance. Dans tous les cas, ce sont les cartilages de croissance des membres antérieurs (qui portent les 2/3 du poids du corps) et les plus épais qui sont les plus exposés, donc ceux des os longs (radius, métacarpe).

Finalement, tout ce qui risque d’engendrer des déséquilibres ou des compressions excessives de la plaque de croissance est susceptible de provoquer des déviations au cours de la croissance des poulains (cf. ci-dessous).

Vers 4-5 ans, la croissance des membres s’arrête (vers 6 ans ou plus pour la colonne vertébrale). Ils ont alors acquis leur solidité et si tout s’est bien passé, leur orientation définitive. Néanmoins, l’os adulte, bien que rigide, subit des remaniements permanents au fur et à mesure des contraintes mécaniques qui lui sont imposées donc des déviations.

Ces déséquilibres acquis à l’âge adulte peuvent trouver leur origine dans un parage/ferrage inadapté, une attitude antalgique chronique (mauvaise posture pour soulager une douleur ou une boiterie), un traumatisme (atteinte physique ou infection) ou la compensation d’une déviation primaire de croissance.

Les déviations rotatoires (panard, cagneux) sont fréquentes. La dénomination ‘panard’ ou ‘cagneux’ n’indique pas la région concernée par la rotation. Par exemple pour le membre antérieur, un cheval peut être panard de l’épaule, du coude, du carpe ou du boulet.

A la naissance, le poulain est normalement panard des épaules du fait de l’étroitesse de son thorax. Au fur et à mesure de son développement, cet effet diminue (les membre tournent vers l’interne) et rectifient les aplombs. Par conséquent, un poulain dont les antérieurs sont parallèles à la naissance est prédisposé à présenter des aplombs cagneux à l’âge adulte !

Néanmoins, il arrive fréquemment qu’un poulain présente à la naissance une ou plusieurs déviation(s) rotatoire(s) anormale(s). Leur cause exacte n’est pas élucidée mais une composante héréditaire associée à des troubles du développement fœtal semblent être impliqués.

Le plus souvent, les déviations rotatoires sont acquises et issues de déviations angulaires de naissance ou de croissance. Les déviations angulaires engendrent en effet des contraintes biomécaniques anormales, et en particulier des forces de torsion. C’est ainsi que, fréquemment, les déviations angulaires d’un jeune poulain s’estompent, jusqu’à disparaître, à la faveur du développement de déviations rotatoires. On trouve alors l'association quasiment systématique d’aplombs varus & cagneux et valgus & panard.

La locomotion a aussi toutes les chances d’être modifiée : le mouvement de rotation du pied est variablement marqué selon la localisation de la déviation mais plus cette rotation touche une articulation haute, plus les mouvements latéraux seront amples. Les chevaux panard sont sujets aux ‘coup de manchette’ et les chevaux cagneux billardent. En outre, un cheval à la fois ouvert des jarrets et cagneux du bas des membres ‘vacille’ des jarrets.

 

Les conséquences des déviations angulaires et rotatoires sont nombreuses. Déjà, le poids supporté par le membre est inégalement réparti sur le pied et le sabot présente des asymétries : le côté comprimé pousse moins au profit du côté ‘allégé’ qui s’allonge et s'évase(cf. ci-contre). Aussi, quelle que soit l'articulation concernée, une déviation angulaire concentre les pressions sur le côté fermé de l’angle et des tensions sur le côté ouvert.

L’ostéochondrose chez le poulain ou l’arthrose chez l’adulte peuvent aussi être directement imputables aux surcharges engendrées par les déviations articulaires.

Généralement, on peut observer des signes précurseurs comme la formation de tares molles (molettes et vessigons) ou de tares dures (exostoses ou formes en région phalangienne). Le varus du tarse, par exemple, surcharge la partie interne de l'articulation et prédispose à la formation de tares osseuses comme le célèbre éparvin qui peut provoquer des boiteries intermittentes. On peut aussi observer des inflammations des tissus mous péri-articulaires qui peuvent être le siège de diverses réactions, déformations, engorgements chroniques…

Les déviations sagittales impliquent particulièrement les tissus mous ; muscles, tendons et ligaments. Elles correspondent à un degré anormal d'angulation articulaire dans le plan sagittal du fait d’une inadéquation entre la longueur des structures musculo-tendineuses et des structures ostéo-articulaires. Les causes sont diverses : une mauvaise position intra-utérine, la compensation d’une boiterie ou d’une douleur et il n'est pas rare qu'elles soient associées aux autres types de déviations : angulaires et/ou rotatoires.

On décrit deux types de déviations sagittales: les défauts d’extension et les hyper-extensions.

 

Les contractures (ou défaut d’extension) se caractérisent par des articulations continuellement fléchies.

Au niveau du boulet, il peut s’agir de contractures des tendons fléchisseur du doigt (profond ou superficiel) ou du ligament suspenseur du boulet.

Lorsque la descente du boulet à l’appui est peu marquée (paturon insuffisamment incliné), le cheval est dit ‘droit-jointé’. Lorsque ce défaut d'extension est encore plus marqué, on parle alors de ‘bouleture’. Cette affection touche plus souvent les membres antérieurs que les postérieurs, mais peut parfois concerner les quatre membres.

Le muscle ulnaire latéral et les muscles fléchisseurs (ulnaire et radial) du carpe sont généralement incriminés dans les anomalies du carpe qui forme alors un angle vers l'avant ; le genou du cheval est dit ‘arqué’ ou ‘brassicourt’.

Les contractures congénitales du tarse sont plus rare ; dans ce cas, le membre postérieur est placé sous l'animal et on a l'impression d'un gonflement en face plantaire du tarse distal.

 

Une hyper-extension correspond à une laxité excessive des tendons fléchisseurs. Les tissus mous de la face plantaire ou palmaire du membre sont alors fonctionnellement trop longs. Les articulations touchées sont plus souvent celles du boulet ou en dessous (phalanges). Mais le carpe peut aussi être atteint, on parle alors de genou ‘creux’.

Dans les cas les plus bénins, l’atteinte des articulations distales se traduit par un excès de descente du boulet et d'obliquité du paturon. Le cheval est alors dit ‘bas-jointé’. Par contre, si l'atteinte est sévère, le poulain peut aller jusqu’à prendre appui sur ses talons, voire sur ses boulets qui seront sujets aux blessures et escarres.

Les laxités congénitales des tendons fléchisseurs n'ont pas d'origine connue, elle sont souvent observées chez les poulains prématurés ou jumeaux ou chez des nouveau nés ayant aussi un retard de croissance intra-utérine. Par contre, les facteurs responsables des contractures anté et post-natales sont du même ordre que ceux des déviations angulaires : prédisposition génétique, maladies (ex : grippe de la mère pendant la gestation), mauvaise position intra-utérine du fœtus, troubles hormonaux (hypothyroïdisme). Et là aussi, l’alimentation (excès, carences) constitue un facteur aggravant.

Les déviations sagittales peuvent a minima être responsables d'une usure prématurée de tout le système musculaire et articulaire des membres.

A la naissance, les contractures entraînent fréquemment des difficultés de poulinage en raison d’une mauvaise position des membre antérieurs du poulain. Dans les cas les plus sévères, elles peuvent conduire à la mort (fœtale ou néonatale) du poulain.

 

Passé le cap de la naissance, les contractures auront des répercussions importantes sur les aplombs et les allures. Elles peuvent fortement affecter la forme du sabot : le pied pinçard ou le pied bot sont des exemples (cf. ci-contre).

 

Lorsque les tissus mous subissent des tensions chroniques, ils peuvent se calcifier. Des remodelages des os soumis aux pressions excessives dans les régions palmaire et plantaire (notamment les os grands et petits sésamoïdes) sont aussi possibles.

 

Les modifications pathologiques des tissus cartilagineux sont fréquentes car les articulations contracturées ont peu d’amortissement et sont donc soumises à des commotions répétées qui retentissent fortement sur toutes les structures du membre. A long terme, elles peuvent évoluer en arthrose.

Le syndrome podotrochléaire (ou maladie naviculaire) pourrait aussi et entre autres causes, trouver origine dans un défaut d'extension de l'articulation métacarpe-phalange. Donc la correction du défaut d'extension du boulet représente l’une des mesures préventives de la maladie naviculaire, ce qui n'est pas anodin !

Chez le cheval droit-jointé, la pince est courte et le pied quitte plus vite le sol donc ses foulées sont plus saccadées. Lorsqu'il est atteint de bouleture, il présente un déficit encore plus important de descente du boulet à l'appui donc la démarche est heurtée et inconfortable, les foulées sont raccourcies et le cheval trébuche souvent.

 

Le cheval bas-jointé a généralement un sabot avec une pince longue qui agit à la façon d'un levier et retarde l'instant où le pied quitte le sol. Le talon surchargé a tendance à s’enrouler et à repousser la fourchette qui se déforme et s'amincit progressivement et assure alors moins sa fonction d'amortissement.

Les allures d'un tel cheval sont d'une grande souplesse, ses foulées sont rasantes mais plus longues que celles d'un cheval aux aplombs normaux.

Les hyperextensions peuvent aussi accélérer l'apparition d'affections orthopédiques. Par exemple le genou creux expose le cheval aux lésions tendineuses et ligamentaires palmaires, aux compressions articulaires dorsales, à une sclérose osseuse et même à des fractures parcellaires, en particulier au niveau du carpe.

Une extension excessive du boulet, à laquelle les chevaux bas-jointés sont prédisposés, peut être à l'origine d’accidents des tendons fléchisseurs et du ligament suspenseur du boulet lors d’extensions violentes (réception de sauts d'obstacles, courses de galop) ou de fractures des os sésamoïdes proximaux voire de fractures en copeau de l'extrémité proximale de la première phalange.

Les défauts d'aplomb, qui paraissent parfois anodins, risquent pourtant d'engendrer des conséquences dramatiques pour le bien-être d'un cheval, ses aptitudes ou sa durée de vie. Or, un certain nombre de facteurs prédisposant dépendent directement des conditions d'élevage et/ou de travail du cheval sur lesquelles il est donc possible d'agir. 

Certaines affections peuvent aussi être corrigées chez le poulain ou l'adulte et ainsi permettent d'éviter ou tout au moins, de limiter les dégâts. 

Les défaut d'aplombs ne sont donc pas à négliger et nécessitent une bonne prise en charge : vétérinaire pour les cas les plus graves, et associés à un bon travail de maréchalerie et bien entendu, d'ostéopathie ! 

 

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